Cet article reprend et structure le propos de la vidéo. Voir sur YouTube (1:21:33).
La qualité de ce que tu as, pas la quantité.
La baraka, c'est la bénédiction qu'Allah dépose dans une chose et qui la rend plus grande que sa mesure.
Si en deux heures tu fais le travail de huit, c'est qu'Allah a mis la baraka dans tes deux heures. Rien dans le compteur n'a changé. C'est le contenu de ces deux heures qui a changé.
Donc quand on parle de performance, il faudrait remplacer le mot. Ce que tu cherches, ce n'est pas la performance, c'est la baraka. Et ce n'est pas la même chose, parce que l'une se travaille avec des outils et l'autre se demande.
Redéfinie proprement : la baraka, c'est une meilleure qualité dans ce que tu as. Parfois tu auras même moins, mais avec un impact plus grand dans ta vie.
Cet article reprend un échange entre les trois fondateurs du Collectif sur ce qu'est réellement le succès pour un entrepreneur musulman.
Réussi sur le papier, et personne n'en voudrait.

Aujourd'hui tu vois des gens qui ont réussi au sens financier. Tu regardes leur vie, et tu n'as jamais envie de l'avoir.
Le nombre de problèmes de santé. Une vie de famille éclatée. Personne autour d'eux ne les aime vraiment. Tu te demandes où est la baraka dans tout ça.
Si ton seul critère de succès, c'est le nombre d'euros que tu as générés, tu joues peut-être à un jeu qui n'est pas le bon.
Oussama reçoit en thérapie de couple. Il raconte le cas d'un entrepreneur qui avait tout réussi. Une maison quatre façades estimée à 750 000 euros. Il vient consulter parce qu'avec son épouse, dans son foyer, ça ne va plus du tout.
Et à un moment il lâche une phrase : si je pouvais tout vendre et avoir la paix dans ma famille, je vendrais la maison.
Vingt ans à se casser la tête pour construire cette maison.
Une relation d'épicier.
Il y a une manière de comprendre la baraka qui la transforme en calcul, et c'est exactement ce qu'elle n'est pas.
Tu ne donnes pas 10 pour récupérer 100 dans deux ans. Ce n'est pas une relation d'épicier où tu poses ton geste sur la balance en attendant le retour. Parfois tu récolteras les fruits bien plus tard. Parfois ce seront tes enfants qui les récolteront. Parfois ça viendra après ta mort.
Le fondateur d'une entreprise peut mourir endetté et ce sont ses enfants qui doublent ce qu'il faisait. Lui aura quand même sa part, parce que c'est lui qui a lancé la chose.
Il faut aussi enlever de la tête une idée qui ne vient pas de chez nous. Chez les protestants, il y a ce raisonnement : si tu es riche, c'est parce que tu es aimé de Dieu. Chez nous, il n'y a aucune corrélation entre ce qu'Allah pense de toi et ce que tu possèdes matériellement. Le fait d'être riche ou pas n'est pas un signe que tu es sur le bon chemin.
L'argent est le niveau le plus bas.
C'est le point que les gens manquent le plus souvent. La baraka n'est pas que financière.
Elle est dans ta santé. Dans ton temps. Dans tes liens familiaux. Dans les rencontres que tu fais. L'argent, dans cette liste, c'est le niveau le plus bas. Le niveau le plus élevé, c'est une bonne santé.
Regarde ce que ça implique concrètement. Tu fais une sadaqa, une aumône. Tu respectes les commandements dans ton commerce, tu es correct avec tes clients, tu es généreux. Et il est tout à fait possible qu'Allah te donne en retour une meilleure santé, qu'Il préserve ta famille, qu'Il t'évite des problèmes, sans augmenter d'un euro ce qu'il y a sur ton compte.
Ta baraka a simplement été déplacée ailleurs. Et ailleurs, c'est souvent mieux.
C'est pour ça qu'un entrepreneur musulman devrait se poser une question que personne ne se pose : dans mon business, qu'est-ce qui apporte le plus de baraka ? Pas qu'est-ce qui rapporte le plus.
Les heures où la baraka est déjà posée.
Le Prophète, paix et bénédiction sur lui, a dit que la baraka de sa communauté se trouve dans son matin.
Ce n'est pas une image. C'est une indication de lieu. Il y a des moments qu'Allah a Lui-même désignés comme des moments où Il a posé cette baraka. Ton travail, c'est d'aller les chercher là où ils sont.
Concrètement, ça donne ça : tu arrêtes de travailler tard le soir, tu dors tôt, tu te lèves pour le fajr, tu pries, et tu travailles.
La période la plus productive que j'ai connue, c'était quand je devais créer une formation en marketing digital qui n'existait pas encore. Tous les jours, je me levais et j'écrivais. J'avais deux heures. Pendant ces deux heures je créais le cours du jour même. Ce travail-là, en journée, j'aurais pu y passer une journée entière sans le faire.
Il y a autre chose à voir dans cette histoire. Tout ce que le monde redécouvre aujourd'hui sous le nom de performance, on l'a déjà. Le matin qui rend productif, c'est le fajr. Le jeûne intermittent, c'est le lundi et le jeudi. Le minimalisme, c'est vivre simplement sans être attaché au matériel, comme le Prophète, qui n'était pas pauvre mais qui vivait sobrement. La méditation, chez nous, c'est le tadabbur.
La différence, c'est que chez nous tout ça est chargé de spiritualité. Eux l'ont pris et l'ont vidé de sa substance.
L'individualisme est le contraire de l'abondance.
Techniquement, quand tu donnes, ça diminue ce qu'il y a sur ton compte. C'est du calcul, ça ne se discute pas. Sauf qu'en réalité non : ça te revient d'une manière ou d'une autre.

Regarde comment ça se traduit sur le terrain. Un employé quitte son patron pour ouvrir le même commerce. Le patron dit qu'on est en train de lui voler son rizq.
Avec une mentalité d'abondance, la phrase est exactement inverse. Ta réussite, c'est ma réussite. Viens, on ouvre ton commerce ensemble, je t'apprends tout ce que je peux. Si tu réussis, ça n'enlève rien à ce qui m'est destiné.
Aujourd'hui tu as des gens qui montent leur business en secret. Ils ne partagent pas leur produit, ils ne partagent pas leurs sources, ils ne partagent rien. C'est un état d'esprit qui est en contradiction directe avec la baraka.
Le waqf est l'exemple extrême de ce raisonnement. Immobiliser un capital pour en donner les fruits, sans que ça t'appartienne plus jamais, ça n'a aucun sens du point de vue d'un chef d'entreprise classique. Pourquoi créer une chose qui ne sera pas à moi ? Mis au regard de la baraka, c'est tout l'inverse : ça continue de produire jusqu'à la fin des temps. La mécanique complète est dans l'article sur le waqf.
Ce que tu contrôles et ce que tu ne contrôles pas.
Dans la concrétisation de ton projet, il y a deux parts, et il faut savoir les séparer.
Il y a ce que tu contrôles : tes heures de travail, ta concentration, la qualité de ce que tu produis. Et il y a ce qu'Allah contrôle, qui est le résultat final. Ça, c'est ton rizq, ta part.
Ce qui est intéressant, c'est que tu as une influence sur cette seconde part, mais pas par le travail. Le dhikr a une influence sur ton rizq. Les invocations aussi. La sadaqa aussi. L'istighfar aussi.
Donc tu as deux leviers, pas un. Tu fais ton maximum sur ce qui t'appartient, et tu travailles l'autre part avec les moyens qui lui correspondent. C'est ce qu'on appelle prendre les causes tout en cherchant la baraka.
Si tu veux le détail de ce partage entre l'effort et le résultat, il est développé dans l'article sur le tawakkul.
Ce qui augmente la baraka.
Prends les heures du matin
Dors tôt, lève-toi pour le fajr, garde tes premières heures pour le travail qui demande de la concentration. Place tes réunions l'après-midi, où tu seras interrompu de toute façon.
Donne, même petit
La sadaqa n'est pas un coût, c'est un levier sur la part que tu ne contrôles pas. Régulière et discrète vaut mieux que grosse et rare.
Enlève ce qui ne sert à rien
Les vrais mangeurs de temps ne sont pas dans ton agenda, ils sont dans ta poche. Le téléphone en tête. Fais le ménage dans les applications avant de chercher une méthode d'organisation.
Arrête de mesurer le retour
Tu poses le geste, tu ne tiens pas le compte. Le jour où tu commences à calculer ce que ça devrait te rapporter, tu es sorti de la logique de la baraka.
Et il reste une dernière chose, la plus dure : la suffisance, ce qu'on appelle le qana'a. Se dire que le résultat qu'on a est le bon, qu'on a fait de son mieux et donné à chacun son droit, et que le reste appartient à Allah.
Le piège, c'est de ne jamais être rassasié. Les gens libèrent du temps, et au lieu de s'en servir pour se reposer, ils y rajoutent des tâches. C'est là que la course commence, et elle ne s'arrête jamais toute seule.
Pour aller au bout du sujet.
Est-ce que chercher la baraka veut dire renoncer à gagner de l'argent ?
Non, et c'est ce qui est le plus mal compris. La religion pousse à travailler : le Prophète, paix et bénédiction sur lui, a dit qu'aller ramasser du bois et le vendre vaut mieux que de tendre la main. Ce qui change, ce n'est pas le fait de gagner, c'est le critère avec lequel tu juges ce que tu gagnes.
Comment savoir si j'ai la baraka dans mon travail ?
Aux effets, jamais au montant. Est-ce que ton revenu couvre plus que ce qu'il devrait ? Est-ce que ton temps de travail produit plus qu'il ne devrait ? Est-ce que ta santé tient, est-ce que ta famille va bien ? Ce sont ces signes-là qu'il faut lire, pas le chiffre en bas du relevé.
Si je gagne peu, est-ce que ça veut dire que je n'ai pas la baraka ?
Non, et l'inverse est aussi faux. Il n'y a aucune corrélation entre ce que tu possèdes et la place que tu as auprès d'Allah. La baraka peut être ailleurs, dans ta santé ou dans tes enfants, sans jamais apparaître sur un compte en banque.
Est-ce que la sadaqa est un investissement ?
Elle rapporte, mais tu ne peux pas la traiter comme un investissement, parce que tu ne fixes ni la forme ni la date du retour. Le geste qui attend un rendement précis n'est plus vraiment un don. Donne, puis oublie le calcul.
Pourquoi mes efforts ne donnent rien alors que je fais tout correctement ?
Parce que le résultat ne fait pas partie de ta part de responsabilité. Ton rizq peut être retardé, il peut arriver par une porte que tu n'attendais pas, il peut prendre une autre forme que l'argent. Continue de prendre les causes et travaille l'autre levier : le dhikr, la sadaqa, l'istighfar.
Cet article traite de la baraka dans la conduite d'un projet, telle qu'elle est enseignée au sein du Collectif. Il ne remplace pas une consultation savante sur ta situation précise : si tu as un doute sur la pratique, interroge une personne de science qualifiée.
