Cet article reprend et structure le propos de la vidéo. Voir sur YouTube (1:44:45).
Ce qui précède le tawakkul, c'est l'action.
Le tawakkul, c'est s'en remettre à Allah pour le résultat. Pas pour l'effort. L'effort, il reste à ta charge.
Tu ne me parles pas de tawakkul si tu restes dans ta zone de sécurité. Si tu as peur de sortir de ta zone de confort, si tu n'as pas fait le pas, ou si tu fais juste des petits pas, ce n'est pas du tawakkul. C'est autre chose, et on va le nommer plus bas.
L'ordre est celui-là, et il ne s'inverse pas : tu prends la décision, tu prends le risque, tu fais le travail. Et ensuite tu t'en remets à Allah pour ce qui ne dépend plus de toi.
Cet article reprend une conférence donnée devant les membres du Collectif sur les trois niveaux du mindset de l'entrepreneur musulman. Le tawakkul est le deuxième point du premier niveau, celui de ta relation avec Allah.
Beaucoup s'en servent pour ne pas bouger.

Il y a une manière d'utiliser le mot tawakkul qui est en réalité une manière de se cacher.
Tu veux entreprendre. Tu dis inchallah je vais me lancer. Puis tu attends. Tu attends le bon moment, le bon produit, la bonne conjoncture. Tu attends d'avoir mis 15 000 euros de côté. Tu as calculé exactement toutes tes dépenses sur six mois, comme ça tu sais que pendant six mois tu n'as besoin de personne.
Et pendant ce temps, tu appelles ça de la confiance en Allah.
Ce n'est pas de la confiance en Allah. C'est le contraire : c'est vouloir sécuriser toi-même ce que tu prétends Lui confier.
Le Prophète, paix et bénédiction sur lui, a dit que si vous aviez réellement la foi, vous partiriez le matin comme partent les oiseaux. Regarde ce que fait l'oiseau. Il n'a pas de stock. Il n'a pas de frigo quelque part. Mais il ne reste pas dans son nid non plus. Il sort. Il part le ventre vide et il rentre le ventre plein.
L'oiseau ne reste pas chez lui en attendant que la nourriture arrive. C'est toute la différence.
Le croyant part avec quelque chose que les autres n'ont pas.
Tu ne te rends pas compte à quel point c'est un avantage, en tant que croyant, de se lancer avec cette conviction profonde qu'Allah est là de toute façon.
Un frère du Collectif racontait une histoire là-dessus. Il travaille dans une organisation où une grande partie de l'équipe est musulmane, mais pas toute. Une des personnes non musulmanes de l'équipe est venue le voir un jour pour arrêter le projet. Et elle lui a dit quelque chose de très honnête.
Vous, vous croyez dans quelque chose qui vous dépasse. Vous avez cette ferveur où vous vous dites : ce que je fais là, ce n'est pas juste du théâtre. Ça vous donne une force que moi je n'ai pas.
Elle avait raison. Parce qu'entreprendre, c'est se mettre en danger. Il faut le dire tout de suite, ça ne sert à rien de le cacher.
Le salariat, il faut bien se rendre compte de ce que c'est. Tu acceptes de vendre tes meilleures heures de la journée à quelqu'un, en échange d'une sécurité. C'est ça qu'on achète, et cette alchimie fonctionne tant que vos intérêts convergent.
Le jour où il y a un coup comptable à passer, tu sautes. Malgré ta loyauté, malgré tout ce que tu as fait.
J'en ai fait les frais il n'y a pas longtemps. Tous les jours on me disait Zaki, c'est extraordinaire tout ce que tu fais pour nous. Une semaine, j'étais à Dublin, je recevais un prix de meilleure performance. La semaine d'après, j'ouvre mon Slack, je vois une réunion avec mon manager et quelqu'un des ressources humaines. Là tu sais déjà. Écoute, je pense que tu as compris, on a décidé de se séparer de toutes les personnes qui n'étaient pas à Dublin. Voilà ton package.
C'est ça, le salariat. Une cage dorée. On t'achète avec du confort, les titres services, les chèques repas, la voiture de société, l'assurance médicale. Tout ça pour te garder dedans.
Gagnant dans les deux cas.
Il y a un hadith qui explique pourquoi le tawakkul change ton rapport au risque, et c'est celui qu'il faut retenir. Étrange est la situation du croyant : tout ce qui lui arrive est un bien pour lui.
S'il lui arrive un souci, il patiente, et il est récompensé. S'il est aisé et que tout se passe bien, il remercie, et il est récompensé. Chaque état a son devoir, et dans les deux cas tu as fait le tien.
Regarde ce que ça change concrètement. Ton projet e-commerce chute. C'est possible, ça arrive. Mais tu as quand même la récompense de l'effort. Tu dis alhamdulillah, tu fais un bilan, et tu repars sur autre chose. Allah n'efface jamais l'effort de quelqu'un. Il le récompense toujours d'une manière ou d'une autre.

Ce qui compte, c'est de savoir ce qui t'attend avant d'y aller.
Quand tu te lances, tu as le feu intérieur. Tu te dis qu'il n'y a pas de raison, tout le monde y arrive, toi aussi tu vas prendre ton opportunité. Puis tu montes sur le tatami, et tu te fais balayer par la réalité.
Tout le monde se fiche de ton projet. Ton logo, sur lequel tu as travaillé quatre semaines, tout le monde s'en fiche. Tu publies, et il n'y a que ta mère qui aime le post. Personne ne t'attendait.
Là, le doute rentre. C'est ce qu'on appelle la vallée du doute, et tout le monde y passe. Tu as deux choix : tu paniques et tu retournes au salariat, ou tu continues.
Et la vérité, c'est que la différence entre celui qui réussit et celui qui échoue, souvent, c'est juste que l'un a abandonné avant l'autre.
Quand tu sais que c'est ça qui t'attend, et que tu as ce sens du tawakkul, c'est très puissant. Tu sais que tu vas paniquer. Mais tu sais aussi que tu ne pars pas seul.
Le jour où elle a voulu compter.
Il y a une histoire avec Aïcha, qu'Allah l'agrée, et elle dit tout sur le rapport entre le calcul et la baraka.

Elle avait une jarre où elle gardait des dattes, ou de la farine. Elle y puisait tous les jours pour cuisiner, et ça ne se vidait pas. Ça ne se vidait pas. Puis un jour elle s'est dit : je vais quand même compter combien il y a dedans, comme ça je saurai.
Quelques jours plus tard, il n'y avait plus rien.
Elle a été étonnée, elle a posé la question. Et le Prophète, paix et bénédiction sur lui, lui a répondu que si elle n'avait pas cherché à calculer la baraka d'Allah, cette jarre lui aurait suffi jusqu'à la fin des temps.
C'est la notion de baraka, et on l'oublie tout le temps. Il faut bien se le mettre dans la tête : un plus un n'est pas toujours égal à deux. Ça peut faire beaucoup plus. 3 000 euros dans ma poche et 3 000 euros dans ta poche, ça n'a pas la même valeur.
Attention à ne pas retourner l'histoire dans l'autre sens. Le Prophète lui-même mettait de côté de quoi tenir six mois, parfois un an. Sauf qu'après deux mois il n'y avait déjà plus rien, parce qu'il ressortait tout et le redonnait en sadaqa. Il prévoyait. Il ne s'accrochait pas.
Prévoir, ce n'est pas le problème. Le problème, c'est de refuser de bouger le petit doigt tant que le patrimoine n'est pas sécurisé.
Ta part est déjà écrite.
Le troisième point, c'est le risque, et il faut le comprendre en profondeur.
Allah a déjà décrété ton rizq, ta part. Et le mot ne parle pas que d'argent : ta santé, tes relations, ta famille, le moment où tu vas mourir. Tout ça est déjà décidé.
Parfois ton rizq arrive plus haut que ce que tu attendais. Parfois plus bas. Et parfois Allah le retarde exprès, pour t'éduquer, pour t'apprendre à patienter. Toi, tout ce que tu as besoin de savoir, c'est que tu as la responsabilité de l'action. Ce qui arrivera ensuite arrivera.
Ce qu'on attend de toi à ce moment-là, c'est la satisfaction. Ne jamais te dire : j'ai travaillé dur quand même, je m'attendais à plus que ça.
C'est important, parce que quand tu quittes le salariat, souvent ton revenu est divisé par deux, si ce n'est plus. Tu vas le sentir. Le rapport au résultat, c'est ça : quoi qu'il arrive, quoi qu'Allah t'ait décrété, tu t'en satisfais.
Dans quel ordre tu fais les choses.
Tu décides
Tu réfléchis, tu consultes des gens compétents, tu tranches. Si tu veux la méthode complète sur ce point, elle est dans l'article sur l'istikhara : elle valide une décision, elle ne la prend pas à ta place.
Tu prends les causes
Tu fais le travail. Le produit, la vente, les chiffres, les opérations. Prendre les causes fait partie du tawakkul, ce n'est pas en dehors.
Tu t'en remets pour le reste
Ce qui ne dépend plus de toi, tu le laisses. Le marché, le moment, la réponse des gens. C'est là que le tawakkul commence, pas avant.
Tu tiens dans la vallée
Le doute va venir. Entoure-toi de gens qui te rappellent pourquoi tu as commencé, et qui te le disent franchement quand tu dérives.
Ce dernier point n'est pas un détail. Le problème principal de beaucoup d'entrepreneurs, c'est l'isolement. La société a fait de nous des êtres isolés, et quand tu portes une vision tout seul, c'est dur de te rappeler tous les jours pourquoi tu la portes.
Dans le Collectif, on pratique ce qu'on appelle la sincérité radicale : une fraternité exigeante, où on se dit les choses crûment. Tu as changé depuis que tu fais des vidéos. Ça fait longtemps qu'on ne t'a pas vu. Ton projet, il avance ? Ce sont ces rappels qui font que tu restes sur le chemin que tu as décidé de prendre.
Pour aller au bout du sujet.
Est-ce que prendre une assurance ou faire des prévisions contredit le tawakkul ?
Non. Prendre les causes fait partie du tawakkul, ce n'est pas son contraire. Le Prophète, paix et bénédiction sur lui, mettait de côté de quoi tenir plusieurs mois. Ce qui pose problème, ce n'est pas de prévoir, c'est de faire dépendre ton action de cette sécurité, et de ne rien lancer tant que tout n'est pas couvert.
Comment savoir si je suis dans le tawakkul ou dans l'attente ?
Pose-toi une question simple : est-ce que j'ai déjà fait le pas ? Si tu n'as pas encore pris de risque, tu n'es pas dans le tawakkul. Le tawakkul porte sur le résultat d'une action engagée. Tant qu'il n'y a pas d'action, il n'y a rien à confier.
Mon projet a échoué alors que j'avais confiance en Allah. Qu'est-ce que ça veut dire ?
Que le résultat ne t'appartenait pas, et il ne t'a jamais appartenu. L'effort, lui, est enregistré : Allah n'efface l'effort de personne. Un projet qui ne fonctionne pas ne dit rien sur ta relation avec Allah. Tu fais le bilan, tu apprends, tu recommences autrement.
Le rizq est déjà décrété, alors pourquoi travailler ?
Parce que le travail fait partie du chemin par lequel ce rizq t'arrive. Savoir qu'une part t'est destinée ne te dit ni quand elle arrive, ni par quelle porte elle passe. Ça ne t'enlève pas la responsabilité de l'action, ça t'enlève la peur du résultat.
Est-ce que le tawakkul dispense de se former ?
Non, et c'est le même raisonnement. Se former, apprendre à vendre, comprendre ses chiffres, ce sont des causes. Les négliger et appeler ça de la confiance en Allah, c'est se raconter une histoire.
Cet article traite du tawakkul dans la conduite d'un projet, tel qu'il est enseigné au sein du Collectif. Il ne remplace pas une consultation savante sur ta situation précise : si tu as un doute sur la pratique, interroge une personne de science qualifiée.
