Cet article reprend et structure le propos de la vidéo. Voir sur YouTube (14:28).
Trois droits, et aucun n'est optionnel.
Le Prophète, paix et bénédiction sur lui, a dit que ton Seigneur a un droit sur toi, que ta famille a un droit sur toi, et que ton corps a un droit sur toi.
Lis la phrase comme elle est écrite. Ce ne sont pas trois priorités que tu classes par ordre d'importance. Ce sont trois créanciers. Tu leur dois quelque chose à tous les trois, et le fait d'en payer un ne t'enlève pas les autres.
C'est pour ça que la question de l'équilibre est mal posée quand on la présente comme un arbitrage. Tu n'arbitres pas entre payer ton loyer et payer tes fournisseurs. Tu organises ton temps pour tenir les deux.
Et ton travail, dans cette histoire, c'est le moyen d'honorer ces droits. Ce n'est pas un quatrième créancier qui viendrait manger la part des autres.
Sacrifie maintenant, profite plus tard.
Il y a un discours qui circule beaucoup, et il faut le nommer.
Il y a des entrepreneurs, des gourous du marketing en ligne, qui te disent : marie-toi le plus tard possible, sacrifie d'abord ta jeunesse pour ton entreprise. Cette hustle culture, c'est complètement à côté de la plaque par rapport à notre vision.
On remarque d'ailleurs que dans la communauté, les gens se marient de plus en plus tard. Parce qu'ils veulent profiter de la vie, et parce qu'on leur vend une vision de la vie qui n'est pas la nôtre.

L'un ne doit pas être en contradiction avec l'autre.
Ta famille et tes enfants ne sont pas un frein à ton entreprise. Ils vont probablement être une baraka pour elle, et pour ta dunya, ce bas monde où tu construis.
Le fait de courir jusqu'à l'épuisement, ce n'est pas de l'ambition. C'est un rythme emprunté à des gens qui ne croient pas que leur part est déjà écrite.
Quand j'entends la culture de l'effort permanent, j'ai toujours cette image de courir jusqu'à la mort dans la dunya. Le modèle de celui qui dort dans son usine, qui n'a pas pris un jour de congé depuis dix ans, et qui le raconte comme si c'était bien. Tu finiras peut-être riche. Tu finiras aussi sans vie de famille, et parfois à l'hôpital.
L'état d'esprit de notre religion dit autre chose : va plus lentement. Ta part va arriver. Prends le rythme qu'Allah t'a donné, travaille dans les bonnes heures, donne une aumône. Ton rizq ne va pas t'échapper.
Ça ira peut-être plus lentement aux yeux du monde. Mais pendant ce temps, tu construis aussi ton capital dans l'au-delà.
« Je n'ai pas le temps » veut dire autre chose.
Beaucoup de gens me disent que le programme n'est pas pour eux, parce qu'ils n'ont pas le temps. Ce n'est pas possible pour moi. Je ne vois pas comment je pourrais faire.
Quand quelqu'un te dit qu'il n'a pas le temps, ce qu'il te dit en réalité, c'est que ce n'est pas important pour lui.
Je donne toujours le même exemple. Une sœur du Collectif est mariée, son mari travaille, elle occupe elle-même un poste à grosse responsabilité, et elle a six enfants. Malgré ça, elle a trouvé du temps.
Donc la première question à te poser n'est pas comment trouver du temps. C'est : est-ce que c'est important pour moi ? Si la réponse est oui, tu vas réorganiser ta gestion du temps pour concrétiser ce projet.
Là où Allah a déjà posé la baraka.
Un changement simple vaut mieux que dix méthodes d'organisation : arrête de travailler tard le soir, dors tôt, lève-toi pour le fajr, prie, et attaque.
Le Prophète, paix et bénédiction sur lui, a dit que la baraka de sa communauté se trouve dans son matin.
Ce n'est pas seulement une question de productivité. C'est une manière de récupérer des heures sans les prendre à personne. Les heures que tu prends le soir, tu les prends à ta famille et à ton corps. Les heures du matin, tu ne les prends à personne.
Consacre les heures du matin au travail solo, celui qui demande de la concentration. Tu exécutes, tu produis. Et tu places tes réunions l'après-midi, parce que là tu seras interrompu de toute façon. La qualité du travail du matin, sans interruption, n'a rien à voir.
Le détail de ce que la baraka veut dire, et de ce qui l'augmente, est développé dans l'article qui lui est consacré.
Bloque d'abord ce qui compte le plus.
Si tu n'as pas d'agenda au moment où tu lis ces lignes, sache que tu es à la merci des gens qui en ont un. Il y a des gens que tu peux appeler à n'importe quelle heure pour leur proposer quelque chose, ils seront toujours disponibles.
La méthode tient en un mot : les blocs. Tu ouvres ton agenda, et tu places des blocs d'heures.
Sauf que l'ordre dans lequel tu les places n'est pas neutre. Avant de bloquer tes heures de travail, tu bloques le temps que tu consacres à Dieu. Les prières d'abord. Les heures où tu lis le Coran. Le temps où tu entretiens cette relation.
Ensuite seulement viennent les blocs de travail.

Avant même de chercher une méthode, enlève ce qui ne sert à rien.
Ton ennemi principal, c'est probablement l'objet avec lequel tu me lis. Je le dis très sincèrement : c'est mon premier tueur de temps. Ça impacte ma concentration, ça impacte ma capacité à me décharger le soir. C'est presque devenu un automatisme, et je le combats encore.
Repère tous les mangeurs de temps qui ne servent à rien dans ta vie, et arrête. Les plateformes, la télévision, les applications. Fais le ménage.
Il reste ensuite à protéger ce que tu as bloqué. Une bonne question à te poser devant chaque tâche qui arrive : est-ce que c'est vraiment à moi de la faire ?
En gestion de projet, il y a une expression pour ça : le singe. Le singe, c'est un problème qui n'est pas le tien et qu'on essaie de te poser sur l'épaule. Tu n'es pas obligé de prendre le singe que tout le monde te donne. Si ce n'est pas ton problème, tu le délègues ou tu te désengages.
Ce que ton agenda doit contenir.
Le temps pour Dieu
Les prières et la lecture, placées avant tout le reste. Ce sont eux qui structurent la journée, pas l'inverse.
Le temps pour ta famille
Des blocs réels, pas ce qui reste une fois le travail terminé. Ce qui reste, en général, c'est un homme fatigué qui répond à côté.
Le temps pour ton corps
Le sport et le sommeil. Se coucher tôt n'est pas une perte de temps de travail, c'est ce qui rend le matin possible.
Le temps pour toi
De quoi apprendre, de quoi progresser, et du temps où tu ne fais rien. Si ça n'existe pas dans ton agenda, c'est que ce n'est pas important.
Et il reste le plus dur, celui que presque personne ne fait : accepter le résultat. J'ai fait de mon mieux, j'ai donné à chacun son droit, le reste appartient à Allah. Je ne suis pas obligé de courir en permanence pour avoir plus.
Le piège, c'est de ne jamais être rassasié. Regarde ce que font les gens quand ils gagnent du temps grâce à un nouvel outil : ils ne s'en servent pas pour se reposer, ils y rajoutent des tâches. Ils optimisent pour pouvoir en faire plus, et la course recommence encore plus haut.
Pour aller au bout du sujet.
Je travaille en journée et je lance mon projet à côté. Comment je tiens ?
En prenant les heures du matin plutôt que celles du soir. Le soir, tu prends sur ta famille et sur ton sommeil, donc ça te coûte deux fois. Le matin, avant que la maison se réveille, tu ne prends à personne. Deux heures de vraie concentration valent mieux qu'une soirée entière à moitié présent.
Est-ce que travailler beaucoup est déconseillé en islam ?
Non. La religion pousse à travailler, et le Prophète, paix et bénédiction sur lui, a dit qu'aller ramasser du bois et le vendre vaut mieux que de tendre la main. Ce qui pose problème, ce n'est pas le volume de travail, c'est de le prendre sur les droits des autres et sur ta santé.
Comment savoir si je suis en train de tomber dans le surmenage ?
Regarde ton agenda plutôt que ton état. Si le sport, le sommeil, ta famille et ta relation à Dieu n'y figurent nulle part, le déséquilibre est déjà là, même si tu te sens encore bien. La fatigue arrive toujours après le déséquilibre, jamais avant.
Ma famille me reproche mon temps de travail. Qu'est-ce que je fais ?
Tu commences par leur donner un bloc réel dans ton agenda, pas le résidu de ta journée. Un temps court mais où tu es entièrement là vaut mieux qu'une longue présence distraite. Ce qu'on te reproche, en général, ce n'est pas le nombre d'heures, c'est l'absence pendant les heures présentes.
Est-ce que je dois attendre d'être installé pour me marier ?
C'est exactement le raisonnement que ce discours te vend, et il ne vient pas de chez nous. Ta famille n'est pas un obstacle à ton projet, elle en fait partie et elle peut en être une baraka. Rien dans notre religion ne demande de repousser le mariage pour construire une entreprise.
Cet article traite de l'organisation du temps dans la conduite d'un projet, telle qu'elle est enseignée au sein du Collectif. Il ne remplace pas une consultation savante sur ta situation précise : si tu as un doute sur la pratique, interroge une personne de science qualifiée.
